Ernest Pignon-Ernest : ses émouvants collages ont pignon sur rue à Naples

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En 1990, Pignon-Ernest ne soupçonnait pas l'étrange destin qu'allait connaître l'une de ses œuvres inspirées du Caravage. Ce collage était pensé pour être éphémère... mais une grand-mère napolitaine en a décidé autrement !

Ernest Pignon-Ernest, David et Goliath, d'après Le Caravage, 1988, dessin collé, Naples © ADAGP, Paris 2026

1990, Naples. Au petit matin, les habitants découvrent de grands dessins collés sur les murs de la ville. C’est l’artiste français Ernest Pignon-Ernest qui a créé ces affiches évoquant Le Caravage, célèbre peintre de la période baroque.

Ces collages sauvages vont-ils provoquer la colère des Napolitains ?

Le Caravage, La Mort de la Vierge (détail de l'œuvre), vers 1606, huile sur toile, musée du Louvre, Paris

Au contraire ! L’une des affiches, un hommage à La Mort de la Vierge du Caravage, est même immédiatement adoptée… par une mamie. La vieille Napolitaine, qui vend des cigarettes non loin de là, décide de veiller sur l’œuvre pour la protéger.

Ernest Pignon-Ernest, La Mort de la Vierge, d'après Le Caravage, 1990, dessin collé, Naples © ADAGP, Paris 2026. On voit la vieille dame sur la droite de la photo

Les collages de Pignon-Ernest sont en effet très fragiles. Après avoir réalisé un grand dessin, il le fait imprimer sur du papier très fin, destiné aux journaux. Puis il choisit l’endroit parfait pour coller discrètement son œuvre dans l’espace public.

Ses créations, souvent politiques, s’affichent dans les rues depuis les années 1960. Ce qui fait un peu de lui l'un des pionniers de l’art urbain !

Ernest Pignon-Ernest, Les Expulsés, 1979, dessin collé, Paris © ADAGP, Paris 2026

Quelque temps plus tard, Pignon-Ernest retourne sur les lieux et découvre que la Napolitaine, Antonietta, s'est volatilisée, tout comme l’affiche. En se renseignant, il apprend qu’Antonietta est décédée...

L’artiste, ému, réalise son portrait d’après une photo. Puis il en fait une affiche, qu’il colle dans la rue où Antonietta montait la garde.

Ernest Pignon-Ernest, Antonietta, la veilleuse de La Mort de la Vierge, 2011, dessin collé, via Biagio dei Librai, Naples © ADAGP, Paris 2026

Les Napolitains sont bouleversés par cet hommage, au point de vouloir protéger le dessin par une vitre. C’est un contresens pour l’artiste ! Ses œuvres sont éphémères et doivent vieillir avec les intempéries et les aléas de la rue.

Il parvient à les faire changer d’avis, à condition de venir coller une nouvelle affiche si l’autre venait à disparaître.

En 2011, l’artiste a tenu parole…

Seul l'éphémère dure. Eugène Ionesco

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