Vitrail : la légende de la découverte du jaune d'argent

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Un bouton d'argent tombé dans un four serait-il à l'origine du "jaune d'argent", cette teinte qui illumine de nombreux vitraux ? Quoi qu'il en soit, il s'agit d'une technique en or !

15e siècle. Un moine s’affaire dans son atelier. Il vérifie la température du four dans lequel cuisent les plaques de verre qui serviront à la réalisation de vitraux.Tout doit être parfait. Mais un bouton en argent se détache de son habit et tombe… directement dans le four !

Catastrophé, le moine attend la fin de la cuisson pour constater les dégâts. Surprise : à la sortie du four, le verre a pris comme par magie une lumineuse couleur dorée. Que s’est-il passé ?

Illustration : Magalie Jourdain pour Artips

Le coupable est bien sûr le bouton ! Les sels d’argent se sont colorés au contact du verre, lui donnant cette nouvelle teinte brillante allant du jaune citron au brun foncé.

Mais si cette histoire offre une explication à l’apparition du "jaune d’argent", il s’agit d’une belle légende...

Vitrail représentant Nicolas de Lyre, 1480, provenant de la bibliothèque de la cathédrale de Troyes et exposé à la Cité du Vitrail, Troyes. Photo © Cité du Vitrail

En effet, notre moine maladroit a été devancé de plusieurs siècles par des artisans islamiques, qui utilisaient cette méthode pour colorer vases et coupes. Le jaune d’argent arrive finalement en Europe grâce à la traduction en espagnol d’un manuscrit. Dès 1300, les artisans verriers peuvent orner les églises de vitraux dorés.

Plat au porte-étendard, 10e siècle, céramique, 31,7 x 9,8 cm, département des Arts de l'Islam, musée du Louvre, Paris. Photo © 2010 Musée du Louvre / Hughes Dubois, Cité du Vitrail

Il faut dire que le jaune d’argent révolutionne complètement le vitrail ! Jusque-là, il fallait d’abord colorer les bouts de verre, puis les relier les uns aux autres grâce à des tiges de plomb. Mais il est désormais possible d’appliquer les sels d’argent sur le verre à l’aide d’un pinceau. Les motifs finement réalisés apparaîtront jaunes après cuisson.

Et au passage, le vitrail devient plus lisible : les tiges de plomb ne sont plus indispensables.

Le jaune d’argent sous sa forme de poudre et ses multiples déclinaisons colorées. Photo : Christophe Deschanel, Cité du Vitrail

Ainsi, les maîtres-verriers se transforment en peintres et intègrent dans leurs vitraux de précieux détails : des cheveux aux bijoux en passant par les éléments d’architecture, tout se teinte de jaune. On peut dire qu’ils avaient de l’or au bout des doigts !

Le jaune d’argent est utilisé pour la chevelure et les rehauts de jaune dans l’architecture et le vêtement. Sainte Barbe (détail), vers 1500, vitrail, église de Ricey-Bas, Aube. Photo : Studio OG, Cité du Vitrail

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