Coblence, Allemagne, 2018. Dans l'immense entrepôt d'une plateforme de commerce en ligne, des employés ouvrent des cartons, en sortent des objets flambant neufs… et les jettent sans ménagement dans des bennes à ordures ! Ordinateurs, mixeurs, vêtements, jouets, tout y passe. Sont-ils devenus fous ?

En fait, depuis des années, en Allemagne comme ailleurs, le commerce en ligne a le vent en poupe. Et les acheteurs allemands, notamment les jeunes, sont les champions du retour à l’expéditeur : certains jours de soldes, un achat en ligne sur quatre est renvoyé à l’entrepôt !
Pour les consommateurs, ce renvoi est un droit : comme on n’a pas pu voir ou essayer ce que l’on achète à distance, on peut changer d’avis et renvoyer son colis. Sauf que ce geste a de lourdes conséquences.

La plateforme qui gère l’entrepôt n’est souvent qu’un intermédiaire entre des vendeurs en ligne et les consommateurs. Les objets renvoyés ne lui appartiennent pas. C’est au vendeur initial de prendre en charge la "logistique inverse", la gestion des retours de livraisons.
La plateforme doit ré-acheminer les objets et les stocker en attendant que le vendeur les reprenne à son tour, pour éventuellement les reconditionner… et tout cela coûte cher.
Si le vendeur ne veut pas s’en occuper et refuse de payer la plateforme pour qu’elle le fasse à sa place, les invendus sont tout bonnement détruits !

Heureusement, cette année-là, des salariés choqués alertent les médias. Les journalistes découvrent alors que plus d’un tiers des objets retournés pour remboursement partent à la casse ! Et cela ne concerne pas que l'Allemagne...
Quelques mois plus tard, des journalistes français constatent le même phénomène.
Ces reportages, ainsi que le droit européen, poussent à réagir : les lois française et allemande interdisent désormais la destruction des produits non-alimentaires invendus, et obligent les entreprises à les donner, les reconditionner ou les recycler. Il était temps !
Celui qui peut créer dédaigne de détruire. Alphonse de Lamartine

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