Carte de séjour : le groupe qui ajoute une note d'ironie à ses interprétations

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En 1985, devant des milliers de spectateurs réunis à Paris par SOS Racisme, le groupe Carte de séjour interprète un titre...déconcertant. Un classique français qui, mélangé à un ton ironique, résonne tout autrement !

1985, Paris. L’association SOS Racisme organise un gigantesque concert. Les artistes se succèdent, jusqu’au groupe de rock lyonnais Carte de séjour. Son chanteur Rachid Taha s’empare du micro. Les premières notes résonnent, le public est sidéré… Que se passe-t-il ?

Carte de Séjour interprétant Douce France à la Radio Télévision Suisse, 1987

Le titre que le groupe interprète est connu de tous. Il s’agit de Douce France, une chanson de Charles Trenet composée dans les années 1940. Taha chante le texte d’origine sans en changer la moindre virgule : "Douce France, cher pays de mon enfance, bercée de tendre insouciance, je t'ai gardée dans mon cœur !"

Charles Trenet, Douce France, 1947, Columbia, (vidéo)

Mais si le texte n’a pas bougé, la musique, elle, a bien changé. Elle est plus rock, grâce à la guitare électrique et à la batterie. Surtout, elle intègre des instruments orientaux, comme la derbouka et l'oud. Et ça change tout ! Car ces arrangements, mêlant rock et sonorités arabes, modifient la perception du texte.

Un oud, 2018, photo : Tdrivas

Cette nouvelle version ne passe pas inaperçue ! Surtout qu’elle coïncide avec une progression du vote d’extrême droite en France.

Immédiatement, les politiques et journalistes voient la Douce France de Carte de séjour comme une réponse aux attaques racistes : les Français d’origine arabe ont, eux aussi, des souvenirs d’enfance en France.

Le concert de Rachid Taha et Julien Jacob, 2010, Palais de la Porte Dorée, Paris, © Palais de la Porte Dorée



Mais cette interprétation n’est pas forcément celle voulue par Carte de séjour. Le nom même du groupe est une manière ironique de jouer avec les clichés et les stéréotypes. Et reprendre Douce France, explique Taha, "c'est par ironie pour une France qui justement n'était pas douce pour les immigrés". Autant dire que le texte d’origine, plein de nostalgie, prend une toute nouvelle dimension…

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