Janvier 1992, océan Pacifique. Malmené par les flots déchaînés, un immense cargo lutte pour ne pas faire naufrage. Dans la bataille, l’un de ses conteneurs passe par-dessus bord et laisse échapper dans l’océan 28 800 jouets en plastique : castors rouges, tortues bleues, grenouilles vertes et canards jaunes.

Étonnamment, ce fait divers ravit l’océanographe Curtis Ebbesmeyer. Pour lui, c’est une aubaine ! Ces jouets par milliers sont facilement repérables et ils flottent... Ils sont donc parfaits pour étudier les courants marins, et plus particulièrement les courants de surface.
Les courants de surface sont des mouvements d’eaux circulaires provoqués par les vents. Les principaux courants tournent dans le sens des aiguilles d'une montre dans l'hémisphère nord et dans le sens inverse dans l'hémisphère sud. Mais à l’époque, le détail de leurs mouvements est encore assez flou. Du moins, jusqu'à l’arrivée de Curtis…

Désireux de savoir où ces milliers de jouets vont s'échouer, l’océanographe lance un avis de recherche auprès des batteurs de grève (des gens qui écument les plages à la recherche d’objets insolites).
Huit mois après leur naufrage, le scientifique reçoit un appel : des centaines de jouets ont été découverts sur la côte pacifique de l'Amérique du Nord. Les années suivantes, et jusqu'en 2004, d’autres jouets sont régulièrement retrouvés sur les côtes de l’Alaska.

En suivant ces jouets à la trace, Curtis et ses collègues parviennent petit à petit à affiner le mouvement des courants de surface. Ils découvrent ainsi qu’il faut trois ans aux objets flottants pour faire le tour complet du gyre subarctique, un grand courant circulaire tout au nord de l'océan Pacifique.

Parmi les jouets, certains, moins chanceux que leurs petits camarades, finissent leurs jours dans le "septième continent", une immense zone au cœur de l'océan où les courants concentrent une bonne partie de nos déchets plastiques...

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