Romuald Hazoumé et ses masques africains qui dénoncent nos poubelles occidentales

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Bidons d'essence, tissus usés, bouts de plastique glanés dans les rues de Cotonou : voilà la matière première des œuvres de Romuald Hazoumé. Une manière habile pour l'artiste béninois de renvoyer à l'Occident ses propres déchets... et ses clichés sur l'Afrique.

Une chevelure en bataille, des yeux vides et une bouche ronde suffisent pour évoquer un visage. Mais, à y regarder de plus près, ce curieux masque africain n’est pas vraiment réalisé dans des matériaux traditionnels. Ici, pas de plumes ou de bois, mais… un bidon d’essence !

Romuald Hazoumé, Pic à seau, 2015, matériaux recyclés, exposition à la Galerie Gagosian en 2016 © ADAGP, Paris, 2026. Photo : Éric Simon

Depuis le milieu des années 1980, l'artiste béninois Romuald Hazoumé a créé de nombreux masques de ce type.

Pour cela, il récupère des objets abandonnés dans les rues de Cotonou, au Bénin, puis les assemble dans son atelier pour en faire des sculptures uniques.

Grand marché de Cotonou, 2011, Bénin. Photo : matelo971

Hazoumé a grandi dans une société où le masque tient une place importante, notamment lors des cérémonies traditionnelles.

L’artiste s’empare de ces codes qu’il connaît bien pour mieux les détourner. Ses masques à lui ne sont certainement pas destinés à être portés !

Romuald Hazoumé sur le stand André Magnin à la Marrakech Art Fair, 2010. Photo : Saâd A. Tazi, CCA-SA 4.0

En recyclant des objets de rebut, l’artiste interroge plutôt les stéréotypes qui collent au continent africain. Quand il détourne un bidon usagé, par exemple, Hazoumé explique :

Je renvoie aux Occidentaux ce qui leur appartient ; autrement dit, les rebuts de la société de consommation qui nous envahissent chaque jour.

Ses masques se teintent tout à coup d’une dimension politique…

C’est la même chose quand il utilise du wax, un tissu imprimé de motifs colorés. Si, dans notre inconscient collectif, le wax est associé à l’Afrique, c’est en réalité un tissu originaire des Pays-Bas.

Romuald Hazoumé, Wax Bandana, 2009, matériaux recyclés © ADAGP, Paris, 20126

Bref, Hazoumé tente de remettre en question les clichés des Occidentaux à propos du continent africain. Et le comble, c’est que ces masques réalisés avec des détritus se vendent à prix d'or sur le marché de l'art !

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