Paul Poiret et ses artistes en herbe

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Paul Poiret fonde l’Atelier Martine, un laboratoire créatif où de jeunes filles imaginent motifs et décors. Libres et inspirées par la nature, elles révolutionnent tissus et intérieurs, imposant un style fleuri qui séduit bientôt tout Paris.

1911, Paris. Paul Poiret, le célèbre couturier qui a imaginé des robes révolutionnaires à porter sans corset, veut se diversifier. En plus de ses vêtements, il rêve de broderies et d’imprimés… Et pas question de suivre une tendance : la mode, c’est lui qui la crée !

Il décide de fonder un véritable laboratoire expérimental d’arts décoratifs, inspiré par le fonctionnement des Ateliers Viennois, une association d’artistes et d’artisans issus d’horizons différents.

Papier à en-tête de l'atelier Martine, Choses à la mode, 83Faubourg St-Honoré, Paris, vers 1920, Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris

Atelier Martine sous la direction de Paul Poiret, Fleurs et feuillages, quatre études pour papier peint ou tissu, 1910-1920, craie noire et gouache, 14 x 23,5 cm

Pour s’assurer que son "Atelier Martine", du nom de l’une de ses filles, innove constamment, Paul Poiret s’entoure des esprits les plus vifs.

Ainsi, le couturier accueille de nombreuses jeunes filles âgées d’environ douze ans, toutes issues de familles trop modestes pour s’offrir une autre école d’art. Ici, les élèves sont initiées à l'impression de tissu, aux vitraux, à la peinture sur porcelaine, au tissage… Mais on attend surtout d’elles une créativité sans limites !

En effet, ce sont leurs dessins qui doivent composer les nouvelles collections de Monsieur Poiret. Et on met tout en œuvre pour ne pas gâcher leur spontanéité. Les artistes qui les encadrent les conseillent, mais elles n’ont pas de professeur et sont libres de dessiner ce qu’elles veulent.

Paul Poiret, Robe, volutes florales, printemps-été 1910, coton, crépon, broderie, fil métallique, passementerie, crêpe de Chine, Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris
Atelier Martine sous la direction de Paul Poiret, Les iris, motif pour papier peint (pivoté), papier peint imprimé au cylindre, 10 couleurs, 195 x 80 cm, Bibliothèque Forney, Paris

Atelier Martine, Ensemble présenté chez Herman Gerson, vers 1913, publié dans Kunst und Dekoration, 1913

D’ailleurs, on privilégie une pédagogie expérimentale : les jeunes filles de l’atelier sont emmenées au Jardin des Plantes, dans les musées et de nombreuses églises, pour nourrir leur trait.

Leurs dessins floraux sont ensuite adaptés en tissus imprimés puis vendus dans la Maison Martine, une boutique située dans la même rue. Coussins, tapis, papiers peints… il y a du choix.

Pari réussi pour Paul Poiret : en plus de permettre à des jeunes filles de se former à un métier, ce nouveau style rencontre le succès. Bientôt, ce sont tous les Parisiens élégants qui s’arrachent ces motifs. Même la vedette de l’époque, Mademoiselle Spinelly, en orne son hôtel particulier. La classe !

Atelier Martine sous la direction de Paul Poiret, Motif de broderie représentant des oiseaux, 1914, craie noire et gouache, 14 x 23 cm, Rijksmuseum, Amsterdam

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