En 1907, Egon Schiele, étudiant à l’Académie des Beaux-arts de Vienne rencontre Gustav Klimt.
Pétri d’admiration pour ce peintre au sommet de sa gloire, il le choisit comme mentor et ami. La même année, Klimt réalise une de ses œuvres les plus célèbres : Le Baiser.

Klimt y représente l’extase amoureuse comme un bonheur hors du temps. Il l’assimile au plaisir de la création artistique.
Si ce couple vous parait aujourd’hui bien sage, l’abandon de la jeune femme à l’étreinte passionnée de son amant montrait une sensualité osée pour le milieu bourgeois et conservateur de Vienne.
On y retrouve l’art délicat du maître de la Sécession viennoise mais aussi son refus définitif d’un art académique.

Quelques années plus tard, Schiele livre une version extraordinairement subversive de l’œuvre de Klimt, sobrement intitulée Le Cardinal et la Nonne.
Contrairement à son maître, Schiele a déjà une réputation sulfureuse lorsqu’il peint ce tableau. Ses dessins érotiques lui ont valu une condamnation pour outrage à la morale publique et une accusation infondée de détournement de mineure le conduit en prison. Révolté par une société injuste, il se venge sur ses toiles et s’attaque aux valeurs de la bourgeoisie autrichienne.

Au-delà du caractère résolument anti-clérical de l’œuvre, Schiele y exprime son propre mal-être, absent du Baiser de Klimt.
La pourpre et le noir remplacent l’or et les visages ne dévoilent plus l’abandon serein à une passion sublimée mais la culpabilité du péché et la peur d’être surpris.
Mais l’art de Schiele est peu à peu reconnu et il sera considéré comme l’héritier légitime de Klimt à la mort de ce dernier, en 1918.


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