Les Red Rose Girls, artistes en colocation

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Trois jeunes artistes refusent de sacrifier leur carrière au mariage. En emménageant ensemble, Violet Oakley, Elizabeth Shippen Green et Jessie Willcox Smith créent un foyer indépendant, solidaire et créatif, bientôt connu sous le nom des Red Rose Girls.

Philadelphie, 1901. Dans un quartier bourgeois et tranquille du nord-ouest de la ville, une maison attise la curiosité : on en parle même dans les journaux ! En effet, ses nouvelles habitantes ont de quoi faire la une de la presse…

Ce sont Violet Oakley, Elizabeth Shippen Green et Jessie Willcox Smith qui viennent de poser leurs bagages dans cette ancienne auberge. Et si cette colocation a vu le jour, c’est pour des raisons très terre-à-terre.

Les Red Rose Girls, de gauche à droite Violet Oakley, Jessie Willcox Smith, Elizabeth Shippen Green, Henrietta Cozens. vers 1901. Photo : Archives of American Art, Smithsonian Institution, Alpha Stock

Réalisant qu’à cette époque-là leur condition de femme freine leur carrière artistique, les trois amies, qui se sont rencontrées pendant leurs études, prennent les choses en main.

Faisant fi du mariage qu’on attend d’elles, elles emménagent ensemble et se soutiennent financièrement les unes les autres.

Elizabeth Shippen Green, Life was made for love and cheer, publié dans Harper's Magazine, 1902

Profitant de la forte demande du moment en dessins de presse, les trois artistes perfectionnent leurs compétences d’illustratrices et enchaînent les commandes pour subvenir à leurs besoins.

Rapidement, elles se font connaître sous le nom des "Red Rose Girls", soit les "Filles à la Rose Rouge", selon le nom du lieu où elles habitent.

Nora Archibald Smith (autrice) et Jessie Willcox Smith (illustration), Boys and Girls of Bookland, 1923, David McKay Company, Philadelphie

Pourtant, chacune a un style distinct. Smith se spécialise dans des scènes douces et intimes d’enfance et de maternité, Green se concentre sur les scènes domestiques et Oakley explore les grands ensembles décoratifs et la peinture murale.

Violet Oakley, La loi divine, fresque, 3 x 3,35 m, Cour suprême de Pennsylvanie

Au-delà de l’aspect pratique de leur collaboration, les Red Rose Girls représentent une vraie révolution. En vivant en totale indépendance, sans homme sous leur toit, elles bousculent les codes sociaux et montrent que la condition des femmes peut évoluer… ce qui ne plaît d’ailleurs pas à tout le monde.

Ironie du sort, le groupe finit par se séparer lorsque l’une d’elles, Elizabeth Green, se marie. Mais finalement, cela arrange aussi Violet Oakley, qui a besoin d’un atelier plus grand pour ses fresques. Et les comparses resteront de très proches amies !

Jessie Willcox Smith, A Rose by Any Other Name, publié dans Good Housekeeping, juin 1924

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