Nous sommes au printemps 1905, à Paris. Ernest Siegfried est venu du Havre pour le Salon des indépendants, une foire artistique avant-gardiste, dans un but bien précis. Compléter sa propre collection ? Certainement pas !
Cet industriel du coton préfère les œuvres nettement plus classiques, comme les paysages du siècle précédent. Mais que fait-il donc au milieu de ces toiles à la pointe de la modernité ?

Il veut en réalité… se moquer de son gendre ! Olivier Senn, qui a épousé sa fille Hélène, a des goûts artistiques plus audacieux que ceux de son beau-père. Trop audacieux, pense ce dernier.
Alors il a décidé de lui offrir ce qu’il trouve "le plus loufoque et le plus laid" dans l’art moderne. Il s’est même fixé un budget : 100 francs par toile, pas plus. N’oublions pas qu’il s’agit d’un pied de nez.
C’est ainsi que Siegfried, arpentant les allées du Salon, jette son dévolu sur une œuvre de Maurice de Vlaminck et trois d’André Derain, aux couleurs intenses et pas toujours très réalistes. Les critiques ne tarderont pas à qualifier de "fauve" ce style de peinture tellement il leur semble violent.


Le facétieux beau-père acquiert aussi une toile signée d’Auguste Matisse… qu’il confond sans doute avec Henri Matisse, le chef de file de ces fameux artistes "fauves" !
Toujours est-il que lorsqu’il présente ses acquisitions à Olivier Senn, celui-ci est absolument ravi. Loin d’être blessé par la raillerie de Siegfried, cet amateur d’art éclairé se réjouit de compter désormais dans sa collection des artistes aussi avant-gardistes.
Il gardera précieusement dans sa collection, pendant des dizaines d’années, ces fameux tableaux, et transmettra deux d'entre eux à ses descendants. Merci beau-papa !


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