1938, Afrique du Sud. Marjorie Courtenay‐Latimer, conservatrice du muséum d’East London, se hâte de rejoindre le port. Un marin aurait attrapé un poisson jamais observé… De quoi éveiller sa curiosité. Et à raison ! L’animal en question mesure près d’un mètre quarante. D’un bleu mauve tacheté de blanc, il surprend la jeune femme par sa morphologie inhabituelle. Incapable de l’identifier, elle appelle en renfort un spécialiste des poissons : le professeur James Smith.

Mais pour que ce dernier puisse identifier l’animal, encore faudrait-il parvenir à le conserver. Or personne n’en veut, ni le muséum d’histoire naturelle, ni l’entrepôt frigorifique, ni la morgue. Alors, lorsque James arrive à East London deux mois plus tard, c’est un poisson empaillé qui l’attend !

Et James n'en croit pas ses yeux. C'est un cœlacanthe qu'il a en face de lui. Un poisson qu'il connaît déjà… mais uniquement à l'état de fossile. Les seuls spécimens qu'il a jamais vus ont plus de 70 millions d’années !

Avec ses écailles rugueuses, son vestige de poumon primitif (une grande poche de gaz qui servait à ses ancêtres lorsqu'ils vivaient plus près de la surface), et ses nageoires qui ressemblent à des ancêtres de pattes, ce drôle de poisson semble tout droit sorti du passé. Tant et si bien qu’on le surnomme rapidement "fossile vivant".
Le terme est pourtant incorrect. Eh oui, malgré de grandes ressemblances morphologiques avec leurs lointains ancêtres, les cœlacanthes, et spécifiquement leurs gènes, ont bel et bien (lentement) évolué ! Pour les scientifiques, c’est une superbe opportunité pour en apprendre plus sur les changements évolutifs ayant conduit à l’émergence des tétrapodes : les premiers animaux vertébrés à avoir quitté l’eau pour coloniser les terres émergées, il y a 365 millions d’années.

En attendant, les cœlacanthes continuent de hanter les profondeurs des océans. Mais pour combien de temps encore ? Car le cœlacanthe est aujourd’hui en danger critique d’extinction... Le coupable ? L’homme, et notamment la surpêche.

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