Octobre 1240, Carcassonne. Voilà un mois que Raimond II Trencavel fait le siège de la ville, en vain. Ce seigneur a l’ambition de récupérer la terre de ses ancêtres : le roi de France l’en a chassé quelques années auparavant ! Hélas, malgré son courage et ses talents militaires, Trencavel, défait, doit renoncer...
Du côté des défenseurs de Carcassonne, on peut soupirer de soulagement. Ils l’ont échappé belle : si ce n’est pas la première fois que la cité est le théâtre d’affrontements, cette fois-ci, ses remparts ont été très abîmés.

Les hommes au service du roi se lancent donc dans de grands travaux pour reconstruire les remparts de la cité et... se préparer à d’autres attaques ! Les vieux remparts datant de l’Antiquité, fortement endommagés par des jets de pierres, sont restaurés. Mais l'heure est aussi à la modernisation : des créneaux y sont ajoutés, ainsi que des ouvertures pour l’observation (appelées "meurtrières") ou le tir (les "archères").
Mieux encore, une deuxième enceinte longue de 1 600 mètres, dont la construction avait déjà commencé, est bâtie à l’extérieur de la première. Elle se pare d’un "appareil à bossage" : des éléments en relief sur le mur rendent compliqué l’usage d’échelles par les éventuels assiégeants.

Parmi les tours de cette nouvelle muraille, celle de la Vade se distingue. Imposante, elle comprend cinq niveaux, avec puits, cheminée et latrines. L’objectif ? Garantir la survie des soldats enfermés dedans en temps de guerre.
Et les constructeurs ne s’arrêtent pas là : cette tour est aussi dotée de sculptures religieuses... sans doute récupérées sur une église voisine, détruite après le siège. Une manière de se venger de ses paroissiens qui avaient aidé Trencavel durant la bataille !

Si Trencavel n'a donc pas réussi à la récupérer, il a (bien malgré lui) contribué à faire de Carcassonne une citadelle imprenable ! Et aujourd’hui encore, les remparts, restaurés par l’architecte Viollet-le-Duc au 19e siècle, continuent de surplomber la campagne alentour…