Le peintre Whistler a-t-il vendu sa mère ?

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Whistler reçoit la Légion d’honneur… et une pique de son ami Fantin-Latour, qui l’accuse d’avoir “vendu sa mère”. Derrière la plaisanterie, une histoire bien réelle : celle du portrait maternel acheté à prix réduit par l’État français.

Paris, en 1892. Le peintre américain Whistler est décoré de la prestigieuse Légion d’honneur. Flatté, il pense recevoir les compliments de son entourage.

Quelle n’est pas sa surprise quand son ami, le peintre Fantin-Latour, lui lance une remarque un peu acerbe en désignant sa médaille : "C’est pour cela que tu as vendu ta mère !"

En voilà des manières… Qu’est-ce que Whistler a bien pu faire ?

James Abbott McNeill Whistler, Or et marron : Autoportrait, vers 1896-1898, huile sur toile, 62 x 46 cm, National Gallery of Art, Washington D.C.

Pas d’inquiétude, aucune maman n’a été maltraitée pour obtenir cette médaille. En réalité, Fantin-Latour fait référence au tableau Arrangement en gris et blanc No. 1. Derrière ce titre énigmatique se cache un portrait de la mère de Whistler.

Pour la peindre, il a utilisé une gamme restreinte de couleurs grises. Certains critiques, enthousiasmés par cette originalité, tentent de convaincre l’État français d’acheter la toile.

James Abbott McNeill Whistler, Arrangement en gris et blanc No. 1.,1871, huile sur toile, 144 x 162 cm, Musée d'Orsay, Paris

Whistler est aux anges. Il y a de quoi, quand on sait qu’en Angleterre, sa peinture déplaît tant qu'il affronte ses détracteurs devant les tribunaux !

Ruiné, il espère bien restaurer sa fortune grâce à la vente du portrait de sa mère. Sauf que l’État français n’accepte d’acheter le tableau que si l’artiste baisse considérablement le prix de la toile.

Un peu contrarié, mais conscient de la revanche qu’il prend sur toutes les mauvaises critiques, Whistler accepte. Cela lui permet, pour la première fois, d’être exposé de son vivant au musée, dans les collections publiques françaises.

James Abbott McNeill Whistler, Nocturne en bleu et or, vers 1872-1875, huile sur toile, 68 x 51 cm, Tate Britain, Londres

Pour atténuer la déception de l’artiste, l’État français lui offre en plus un beau cadeau de consolation : la Légion d’honneur. Voilà pourquoi certains proches, comme Fantin-Latour, se seraient gentiment moqués de lui !

Henri Fantin-Latour, Hommage à Delacroix, 1864, huile sur toile, 160 x 250 cm, Musée d'Orsay, Paris (À gauche en blanc : Fantin-Latour. Debout au centre : Whistler)

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