Quand les Blume font valser le quotidien : les clichés comiques du couple de photographes

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Née d’une séance photo improvisée un soir de Noël, l’œuvre d’Anna et Bernhard Blume transforme le quotidien bourgeois en joyeux chaos. Meubles qui volent, objets qui dérapent : avec humour, le duo bouscule autant l’appartement que les conventions.

Allemagne, Noël 1977. Anna et Bernhard Blume, un couple de photographes encore inconnus, réveillonnent chez la mère de Bernhard. À table, nos trois acolytes s’abandonnent aux festivités et se laissent peu à peu aller à quelques blagues… qui se transforment en séance photo improvisée !

Anna et Bernhard Blume, Ödipale Komplikationen (Complications oedipiennes), 1977-1978, 5 tirages gélatino-argentiques, Galerie Kicken, Berlin © Adagp, Paris, 2024
Anna et Bernhard Blume, Kitchen Frenzy (détail), 1986, 5 tirages gélatino-argentiques, Museum of Modern Art, New York © Adagp, Paris, 2024

Devant l’objectif, Bernhard et sa mère s’amusent à sauter sur le canapé, à prendre des poses loufoques et à faire des grimaces. Les photos sont drôles et pleines d’une joie communicative qui donne aux artistes l’envie de pousser un peu plus loin la plaisanterie…

Cette blague de Noël est donc le début d’un long travail qui va faire le succès du duo. Pendant les années 1980, Anna et Bernhard Blume se mettent en scène dans leur studio, dans différentes situations surréalistes : les meubles se brisent, les objets lévitent, les personnages se font attaquer par une armée de pommes de terre…

Comme des marionnettistes, le couple s’applique à façonner lui-même un univers dans lequel tout dérape, à l’aide de simples ficelles invisibles sur la photo finale et de quelques retouches.

Mais pourquoi mettre sens dessus dessous leur appartement ?

La démarche des Blume vise en fait à critiquer, tout en humour, le quotidien confortable de la petite bourgeoisie. En faisant valser les objets, le couple dérange l’ordre établi de ce milieu un peu trop sage. Plus encore, ils questionnent leurs contemporains sur la condition de la femme au foyer, qui passe ses journées au milieu de ce mobilier bien rangé.

Anna et Bernhard Blume, Kitchen Frenzy (détail), 1986, 5 tirages gélatino-argentiques, Museum of Modern Art, New York © Adagp, Paris, 2024

Les Blume aiment décidément bousculer... Avec leurs clichés comiques, ils se placent aussi à contre-courant de la photo documentaire réaliste, alors très en vogue en Allemagne. Avec ce duo, il n’y a donc pas que les meubles qui tombent : les conventions aussi. De quoi nous donner envie de fêter Noël avec eux !

Anna et Bernhard Blume, Im Wahnzimmer (Dans le salon en folie), 1984, 3 tirages gélatino-argentiques, Galerie Françoise Paviot, Paris © Adagp, Paris, 2024

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