La Pénélope d'Antoine Bourdelle : épouse ou maîtresse ?

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Pénélope, figure mythique de l'Odyssée d'Homère, est une source d'inspiration inépuisable pour de nombreux artistes. Au début du XXème siècle, le sculpteur Antoine Bourdelle s'attaque au sujet...mais il le traite comme jamais personne avant lui !

Une femme s’appuie pensivement sur son bras, les yeux clos. Il s’agit de Pénélope, une statue en plâtre d’Antoine Bourdelle. Selon le mythe antique, cela fait vingt ans qu’elle attend son mari, le héros grec Ulysse. Le sujet plaît beaucoup au sculpteur, qui s’en empare d’une manière très personnelle…

Antoine Bourdelle, Pénélope avec socle, 1905-1912, plâtre, Musée Bourdelle, Paris, photo : © Stéphane Piera / Musée Bourdelle / Roger-Viollet

Pour le visage, Bourdelle choisit de représenter Pénélope avec un nez droit, des yeux en amande, une mine boudeuse...Ce n’est pas par hasard : en regardant d’autres de ses œuvres, on peut reconnaître Stéphanie Van Parys, la femme du sculpteur. Qui, mieux que son épouse, pour incarner Pénélope !

Antoine Bourdelle, Pénélope, 1912, bronze, 240 x 90 x 65 cm, Musée d'Israël, Jérusalem. Détail de l'œuvre

Sauf que Bourdelle ne s’arrête pas là... Si le visage est celui de sa femme, ce n’est pas le cas du corps. C’est celui de la maîtresse du sculpteur ! Cléopâtre Sevastos, son élève grecque, habite l’atelier et travaille en étroite collaboration avec le maître. Et même très étroite : Bourdelle en tombe amoureux et décide de lui dédier une partie de la sculpture.

Anonyme, Cléopâtre dans l’atelier, 1900-1910, photographie, 17,9 x 11,8 cm, Musée Bourdelle, Paris, photo : © Musée Bourdelle / Parisienne de photographie

Il reprend une posture qui lui avait tapé dans l’œil en visitant un musée. Ce n’était pas celle d’une statue, mais bien celle de sa maîtresse : un bras replié sur son ventre et l’autre soutenant sa tête. C’est exactement ce qu’il imagine pour symboliser l’attente amoureuse de Pénélope. Elle ne bougera pas avant d’avoir revu son homme !

Antoine Bourdelle, Étude pour Pénélope, Cléopâtre Sevastos debout de face, en robe longue, joue appuyée sur le dos de sa main gauche, plume et encre de Chine sur papier vélin fin, 31 × 20 cm, Musée Bourdelle, Paris, photo : © Musée Bourdelle /Roger-Viollet

C’est pourquoi Bourdelle la conçoit fermement ancrée dans le sol, tel un antique pilier. Sa longue robe plissée rappelle d’ailleurs les cannelures, ces petites stries verticales creusées dans les colonnes grecques. Et si Pénélope attend son mari, Cléopâtre Sevastos, elle, attend son amant Bourdelle... qui l'épousera quelques années plus tard.

Henri Manuel, Antoine Bourdelle dans l'atelier près de Pénélope en plâtre sur un socle. XIXe-XXe siècle, photographie, 21,8 x 15 cm, Musée Bourdelle, Paris, photo : © musée Bourdelle/Roger Viollet

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