Entre ivresse et controverse : focus sur le Bacchus qui bouscula les codes

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Michel-Ange livre un Bacchus audacieux au cardinal Raffaele Riario. Mais ce dieu ivre et sensuel, trop éloigné des canons antiques et de la morale religieuse, est refusé et abandonné, malgré le talent déjà éclatant du jeune sculpteur.

Rome, été 1497. Le jeune Michel-Ange s’impatiente. Voilà déjà plusieurs semaines qu’il a terminé l’œuvre commandée par le cardinal Riario, mais celui-ci tarde à le payer. Pire encore : le puissant mécène semble n’avoir aucune intention d’installer la sculpture chez lui...

Pourtant, l’artiste a respecté la volonté de Riario à la lettre. Logé, nourri et blanchi chez l’homme de confiance du cardinal, un certain Galli, il a pu s’attaquer au bloc de pierre qu’on lui a fourni. À charge pour lui de réaliser un Bacchus, le dieu du vin.

Riario souhaitait ainsi décorer son jardin tout en complétant sa collection d’antiques déjà bien fournie.

Michel-Ange est alors un jeune artiste méconnu : il doit saisir cette chance pour montrer ce qu’il vaut ! Et pour cela, il n’hésite pas à se détacher des modèles antiques équilibrés et harmonieux.

Son Bacchus, qui tend une coupe de vin, vacille et paraît près de tomber.

Ses yeux hagards et son rire ne laissent aucun doute : il est soûl ! Par ailleurs, son corps est loin des canons masculins de l’ancienne Rome. Avec son visage fin, ses muscles et son ventre tendu, Bacchus est à la fois androgyne et sensuel.

L’artiste réussit ainsi à prouver qu’il n’est pas un simple copieur de modèles préexistants. Mais alors, pourquoi Riario rechigne-t-il à récupérer sa commande ?

Détail de l'œuvre. Photo : DR

C’est que, durant cet été 1497, le pape a décidé de mettre un peu d’ordre dans son Église et demande plus de rigueur et de piété à ses cardinaux. Riario ne peut plus se permettre d’installer une œuvre d’un dieu païen nu, sensuel et ivre chez lui.

S’il finit par payer Michel-Ange, il ne récupérera donc jamais son Bacchus. Celui qui peut s’en frotter les mains ? L’homme de confiance, Galli, qui conservera la statue abandonnée... pour orner son propre palais !

Raphaël, Portrait du cardinal Riario dans La Messe de Bolsena (détail), 1512, fresque, 500 x 600 cm, Musée du Vatican

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