Octobre 1800, musée du Louvre. Le Salon annuel de peinture et de sculpture bat son plein. Au milieu de tous les tableaux, un portrait attire l’attention de la critique.
Son sujet fait débat, puisqu’il s’agit du portrait d’une femme… noire.
Et pour ne rien arranger, le peintre est aussi une femme !

ll s’agit de Marie-Guillemine Benoist. À cette époque, les femmes artistes sont souvent cantonnées aux peintures de fleurs et autres charmants portraits de la haute société. Benoist, elle, ose sortir du cadre : elle peint l’un des tout premiers portraits de femme noire, représentée sans cliché et avec un grand souci de réalisme.

Devant ce sujet insolite, la critique a des mots très durs : "Ces visages africains sont, de par la nature, si uniformément laids qu’il est impossible à l’art de leur donner aucune espèce de beauté."
Benoist s’emploie justement à prouver le contraire…

On juge que la peau noire n’est pas adaptée à l’exercice de la peinture ? Que cet épiderme foncé ne permet pas de peindre des jeux d’ombres et de lumières ?
L’artiste, par sa virtuosité, balaie ces préjugés d’un revers de pinceau. La lumière est évoquée par de subtils reflets dorés, et la peau noire contraste élégamment avec le fond clair et les drapés blancs.

Un autre détail chagrine les visiteurs : cette domestique anonyme, sans doute une esclave récemment affranchie, est représentée comme une aristocrate… Sa pose, assise dans un fauteuil raffiné, rappelle celle des riches élégantes.
Et ça, c’est du jamais vu !

Benoist, si mal comprise à l’époque, semble aujourd’hui d’une incroyable modernité. Et son tableau est devenu une référence pour les portraitistes, quelle que soit la couleur de peau de leur modèle !


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