Dessiner l'inconnu : l’étrange secret des éléphants de Nikkō

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Au 17e siècle, l'artiste Kanō Tan’yū décore un sanctuaire avec des éléphants un peu particuliers... Et pour cause : il n'en a sans doute jamais vus ! Entre imagination et jeu de mots, ces créatures uniques, aujourd’hui protégées par l'Unesco, continuent de fasciner.

Japon, 1635. Le peintre et sculpteur Kanō Tan’yū reçoit une commande prestigieuse : décorer un lieu sacré près de la ville de Nikkō. A priori, pas de quoi poser de problème à cet artiste renommé... Mais cette mission va se révéler plus compliquée que prévu !

Bâti quelques années plus tôt, le site de Nikkō Tōshō-gū, qui comprend de nombreux bâtiments colorés, est en plein agrandissement. Au milieu de de chantier, Kanō Tan’yū est chargé d’orner l’entrepôt en bois où sont conservés les trésors du sanctuaire.

Ryuei Momota, Portrait de Kanō Tan’yū, vers 1670, estampe, 66 x 48 cm, Kyoto National Museum

Il entreprend ainsi un minutieux travail, habillant notamment la façade de deux sculptures d’éléphants. Le résultat est assez étrange ! Les deux bestioles poilues, l’une noire, l’autre grise, aux griffes et aux trompes brillantes, se détachent du fond doré avec un air menaçant. Celle de gauche, qui semble se préparer à sauter sur sa proie, secoue ses trois queues.

Kanō Tan’yū, éléphants ornant la salle aux trésors du sanctuaire de Nikkō

Si ces éléphants ont une telle allure, c’est que Kanō Tan’yū a eu quelques soucis pour représenter ces pachydermes. Selon la légende, il n’en avait jamais vu de sa vie ! Il s’est donc basé sur des histoires et des descriptions écrites de ces animaux.

Mais pourquoi choisir des éléphants comme gardiens du trésor et se compliquer autant la tâche ?

Détail de l'éléphant de droite. Photo : Fred Cherrygardan via Atlas Obscura

Si l’artiste n’a pas laissé d’explications, la raison est sans doute cachée dans l’écriture de la langue japonaise. Effectivement, le caractère pour "entrepôt" et celui pour "éléphant" sont lus et prononcés de la même façon. Kanō Tan’yū aurait donc voulu faire un jeu de mots à travers ses sculptures…

Sanctuaire de Nikkō en 1870. À droite, la salle aux trésors ornée par les éléphants de Kanō Tan’yū

En tout cas, ces éléphants dits "imaginaires" font toujours la fierté du Japon. Ils sont même classés, avec de nombreux bâtiments du sanctuaire, au patrimoine mondial de l’Unesco !

Entrée de Nikkō Tōshō-gū, Japon. Photo : 663highland, CC BY SA 4.0

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