Ederlezi : à qui appartient le printemps ?

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La chanson traditionnelle Ederlezi suscite une polémique sur ses droits d’auteur. Entre héritage collectif et appropriation, cet hymne du printemps interroge la notion même de création musicale.

1988. Le film Le Temps des Gitans, réalisé par Emir Kusturica, sort sur grand écran. Une mélodie enchante les spectateurs, celle de la chanson Ederlezi.

Il s'agit de l'œuvre de Goran Bregović, un compositeur bosnien d'origine serbe, qui a écrit la bande originale du film. Enfin, pas exactement… En réalité, Bregović a déposé les droits d'une musique qui n’était jusqu'ici pas protégée.

Il n'en est pourtant pas totalement l'auteur, plutôt un adaptateur. Qu'importe ! Désormais, il faut lui verser des droits pour pouvoir la jouer.

Emir Kusturica, Le Temps des Gitans, 1988

Mais, alors, qui est donc le véritable auteur de cet air ? Eh bien, personne ne le sait vraiment. À l'origine, le chant Ederlezi est lié à la fête Hıdırellez qui se tient généralement le 6 mai. Cet événement, très important et très ancien au sein des populations turques et tsiganes, célèbre le printemps.

Célébration du printemps, Hıdırellez, Turquie

D'abord chanson traditionnelle à l'origine inconnue, elle a été adaptée en de multiples versions et dans de nombreuses langues, de l'albanais au turc, en passant par le serbe, le croate, le grec, les langues dites romanies ou encore le polonais…

Lors de la sortie du film, une polémique éclate donc autour du dépôt des droits d'Ederlezi. Serait-ce un plagiat ?

Goran Bregović en concert à Tbilissi, 2007, Géorgie. Photo : Paata Vardanashvili, CC BY 2.0

Difficile à dire, car la législation diffère d'un pays à l'autre. En France, par exemple, il faut bien être le créateur d’un morceau pour être considéré comme l'auteur. Seulement voilà, comme la source exacte de ce chant est inconnue, Bregović n'a jamais été inquiété.

Malgré cette polémique, le compositeur est reconnu pour avoir contribué à populariser cette chanson, comme les musiques tsiganes et balkaniques, dans le monde entier. L'air du printemps a d’ailleurs triomphé en 2007 à Paris sur la scène de l'opéra Bastille dans une version punk-opéra du film de Kusturica !

Goran Bregović, Ederlezi, Compilation, 1998

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